Maurice Juncker

Né en 1879 dans la banlieue parisienne ; avocat à la Cour d’appel de Paris ; militant syndicaliste de la Seine ; tour à tour socialiste SFIO, communiste, socialiste-communiste, puis militant du Parti d’unité prolétarienne (PUP).

Maurice Juncker, diplômé de l’École des langues orientales, songea un moment à entrer dans la carrière diplomatique mais, finalement, se fit inscrire au Barreau et fut avocat à la Cour d’appel de Paris où il plaida aussi bien des affaires civiles que des procès politiques.
Il avait fondé l’Union des étudiants républicains aux temps de l’Affaire Dreyfus ; il collabora ensuite aux Universités populaires et aux Jeunesses laïques.
Il adhéra à la SFIO lors du congrès d’unité en 1905. Depuis cette même année, il était membre du conseil judiciaire de l’Union des syndicats de la Seine. Il y assura la direction de la revue Le Droit ouvrier, en particulier avec Henri Fradin* et en fit une revue de législation et de jurisprudence fort importante pour le mouvement ouvrier.
En 1912, il défendit, avec Pierre Laval, les militants du conseil syndical des instituteurs devant le tribunal d’Angers.
Maurice Juncker appartint à la minorité pacifiste de la SFIO pendant la Première Guerre mondiale. Il rallia ensuite le Parti communiste et la IIIe Internationale au congrès de Tours (décembre 1920). Il suivit L.-O. Frossard lors de sa démission du Parti communiste en janvier 1923 et participa à la fondation du Parti communiste unitaire quelques jours plus tard, le 17. Maurice Juncker fut ensuite membre de l’Union socialiste-communiste formée le 29 avril 1923 de la fusion de deux scissions du Parti communiste, le Parti communiste unitaire et l’Union fédérative socialiste — et qui publia pendant quelques mois L’Égalité.
Maurice Juncker resta membre de cette petite organisation qui prit le nom de Parti socialiste-communiste en 1927 et il fut rédacteur en chef de son organe : L’Unité ouvrière. L’année suivante, il répondit à une grande enquête que faisait le journal La Fédération balkanique sur les possibilités d’existence d’une Fédération balkanique : il se prononçait pour la réalisation d’une telle Fédération sous la responsabilité du prolétariat uni. Cette même année 1928, il avait été amené à collaborer à la défense du dirigeant roumain paysan, Boris Stefanoff, inculpé lors d’un grand procès politique mais les autorités de Bucarest lui avaient interdit la barre en l’expulsant de Roumanie.
À la fin de l’année 1930, le Parti socialiste-communiste fusionna avec une nouvelle scission du Parti communiste, le Parti ouvrier paysan, pour former un nouveau parti, le Parti d’unité prolétarienne (PUP) qui, quelques mois après sa création, commença à publier un hebdomadaire, L’Unité. Maurice Juncker fut membre de cette organisation et écrivit dans ce journal.
Maurice Juncker fut plusieurs fois candidat aux élections dans la 2e circonscription du XIXe arr. (Amérique-Pont de Flandres) mais il ne recueillit que peu de voix : lors des élections législatives du 22 avril 1928, 158 voix (sur 11 412 votants) se portèrent sur son nom alors que C. Beaugrand, pour le Parti communiste, fut élu au second tour avec 3 216 voix et que Demarle de la SFIO en eut 857. Maurice Juncker fut encore candidat aux élections municipales de mai 1929 dans le quartier Amérique (191 voix sur 9 362 inscrits) ainsi qu’aux élections législatives de mai 1932 (78 voix sur 12 465 votants).
À partir de 1935, le Parti d’unité prolétarienne participa aux discussions relatives à la réunification du mouvement ouvrier français et à la possibilité d’un parti unique. Il se rapprocha ainsi de la SFIO et put envisager une « fusion » qui ressemblait plus à une absorption et qui, en définitive, eut lieu à la fin de l’année 1936. Cependant, une minorité, sous la conduite de Maurice Juncker, qui était toujours alors membre du Conseil juridique de l’Union des syndicats de la région parisienne, refusa cette politique et maintint l’indépendance du Parti d’unité prolétarienne en publiant un nouveau bulletin : L’Unité révolutionnaire dont Maurice Juncker fut le directeur. Dans le numéro 11/12 de ce bulletin (janvier 1938), Maurice Juncker signa une déclaration avec Treint, Badis, Perussy* dans laquelle il s’opposait à la « collaboration de classe » pratiquée par la SFIO ; il affirmait sa volonté « de continuer le parti (le Parti d’unité prolétarienne) en lui donnant une politique nettement révolutionnaire ». Il fallait rassembler les forces de l’unité socialiste et « préparer une Fédération des forces révolutionnaires à tendances anticapitalistes, et, en conséquence [...] créer un centre de redressement révolutionnaire ». Aussi la déclaration s’achevait-elle par une demande d’adhésion au Bureau international d’unité socialiste révolutionnaire (BIUSR) plus connu sous son surnom de « Bureau de Londres ». Maurice Juncker assista probablement à la conférence internationale que tint cette organisation à Paris du 19 au 25 février 1938 ; en tout cas le compte rendu des débats atteste la présence du Parti d’unité prolétarienne. C’est vraisemblablement à cette date que Maurice Juncker adhéra individuellement au Bureau de Londres.
Maurice Juncker était également en contact avec des militants de la Gauche révolutionnaire. En 1936-1937, il avait écrit dans le journal La Vague aux côtés de Marceau Pivert* et aussi de Paul Louis qui avait appartenu de 1923 à 1936 aux mêmes organisations que Maurice Juncker.
Bien que n’appartenant pas au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert*, Maurice Juncker participa aux négociations que mena ce parti avec le Parti ouvrier internationaliste, section française de la IVe Internationale et aux termes desquelles fut signé un accord de front unique en octobre 1938.
Maurice Juncker fut l’avocat de Maurice Jacquier, secrétaire administratif du Parti socialiste ouvrier paysan, qui passa en jugement le Ier mars 1940 devant le IIe Tribunal militaire de la Seine.
Il eut plusieurs enfants, dont Hélène Juncker, fille aînée, agrégée de droit en 1922 et Émilie Junckern épouse de Jean Mortiers des Noyers (descendant direct du général d’Empire, correcteur à l’Imprimerie nationale et adhérent du syndicat du Livre CGT.
Son frère, Lucien Juncker, avoué auprès de la cour d’Appel de Riom et de celle de Versailles, militant de la SFIO, mourut dans les combats de la Libération de Paris.

ŒUVRE : Guide pratique des conseils de prud’homme, Paris, Librairie de l’Humanité, 1922, 48 p. — Les accidents du travail. Manuel à l’usage de la victime ou de ses ayants droits. 18e édition revue, corrigée et augmentée par Henri Fradin et Maurice Juncker, Paris, Union des syndicats ouvriers, 1926, 128 p. — Collaboration aux journaux cités dans la biographie.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., résultats électoraux. — M. Dreyfus, Bureau de Londres ou IVe Internationale ? Socialistes de gauche et trotskistes en Europe de 1933 à 1940, thèse 3e cycle, 1978. — L’Égalité journal de l’Union socialiste-communiste, 1923-1924, passim. — La Fédération balkanique, n° 104, 15 novembre 1928. — Maurice Jacquier, Simple militant, Paris, Denoël, 1974. — Lutte ouvrière, 14 octobre 1938. — Pierre Naville, L’Entre-deux guerres, Paris, EDI, 1975. — Le Temps, 7 mai 1929. — L’Unité, organe du Parti d’unité prolétarienne, 1932-1934, passim. — L’Unité ouvrière, bulletin du Parti socialiste-communiste, 1925-1930, passim.. — Renseignements communiqués par Claude Virlogeux, petit-neveu de Maurice Juncker..

Michel Dreyfus

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